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Face à la culture de la pédocriminalité

Mis à jour : juin 29

[Avertissement: cet article fait mention de violences sexuelles, viols, pédocriminalité et inceste]


Je souhaitais écrire cet article depuis déjà un moment et l’ampleur qu’a pris #metooinceste montre que désormais notre société est peut-être prête à avoir cette discussion. Il faut savoir que ce n’est pas tant une “libération de la parole" qu’il faille des témoignages massifs et simultanés pour qu’on se dise qu’il y a peut-être un problème. Les victimes ont toujours parlé, c’est la société qui a fermé les yeux.


Dans cet article, je ne vais pas m’attarder sur les spécificités de l’inceste. En revanche, je vais décortiquer ce que je nomme la culture de la pédocriminalité.



Après la culture du viol, la culture de la pédocriminalité


Alors que le terme “culture du viol” est de plus en plus reconnu et accepté comme désignant une culture dans laquelle les violences sexuelles, et plus particulièrement les viols, sont minimisés, légitimés voire encouragés, je souhaiterais faire un parallèle avec ce que je nomme la culture de la pédocriminalité.

Pour reprendre le sens accordé à la culture du viol, la culture de la pédocriminalité est le fait que, dans cette société, les comportements et violences pédocriminelles sont minimisées, légitimées et encouragées. Bien sûr, je vois déjà vos levées de boucliers et à peine ai-je fini d’écrire cette ligne que j’entends votre indignation. “Comment oser parler ainsi ? Il n’y a rien de plus effroyable qu’un pédocriminel ! Il est évident que nous condamnons la pédocriminalité !”


Comme les violences sexuelles, la pédocriminalité bénéficie de tout un imaginaire que tout le monde s’accorde à condamner: un pédocriminel serait un homme plutôt âgé, en marge de la société, à l’hygiène douteuse, qui attendrait les enfants à la sortie de l’école primaire, bien au chaud dans sa camionnette blanche, et offrirait des bonbons pour les kidnapper plus facilement. D’ailleurs, tous les parents prennent bien soin de mettre en garde leurs enfants concernant les inconnus qui chercheraient à leur parler dans la rue.

Mais qu’en est-il lorsqu’il ne s’agit pas d’inconnus ? Lorsque le pédocriminel n’est pas considéré comme “repoussant” ? Lorsqu’il ne s’agit pas d’un homme ? Lorsque la victime n’est plus à l’école primaire ?



Entre stéréotypes et injonctions


J’aimerais revenir sur les injonctions qui ciblent les femmes et qui tendent à normaliser une attirance pour un certain type de corps. Alors que la plupart des hommes ne vivent pas dans la crainte de vieillir, on ne peut pas en dire autant de la plupart des femmes - ou du moins selon les injonctions qui nous sont faites. “Malheur au premier cheveu blanc ! Et cette ride, tu l’as vu ? Elle n’était pas autant creusée la semaine dernière ! Tu as vu cette repousse de poils ? Quelle horreur, tu sais bien que ta peau doit rester aussi lisse et douce que celle d’un bébé ! Mais qui voudra bien de toi une fois ménopausée ? Tu devrais paraître jeune comme une adolescente toute ta vie ! Et prends garde aux kilos en trop !”


Nous subissons des injonctions toute notre vie dans le but que nous paraissions le plus jeune possible et que nous conservions - puisqu’il faut ainsi le nommer - un corps d’enfant. Tiens donc, cela me rappelle vaguement quelque chose.


Concentrons nous maintenant sur les stéréotypes qui entourent la pédocriminalité. Parlons du mythe selon lequel les filles deviendraient "matures" plus vite que les garçons. Ne serait-ce pas là un moyen de justifier l’attirance d’hommes adultes envers des enfants ? Parce que bon, quand bien même un enfant ferait preuve de plus de maturité, n’en resterait-il pas qu’un enfant ?


C’est cet argument qui permet aux pédocriminels d’attirer leurs victimes, feignant les trouver plus matures, presque déjà adultes, pour mieux ensuite abuser d’elles. Et oui, si une enfant de 16 ans se comporte comme une adulte, quelle différence pourrait-il y avoir avec un homme de 23, 35 ou 42 ans ? Qu’est-ce que cela pourrait-il bien changer qu’elle débute le lycée si elle est qualifiée de “tellement mature pour son âge” à tel point qu’elle “pense presque déjà comme une adulte” ?

Qu’un homme adulte et séduisant, sortant d’un cours de fac ou d'une réunion de travail, attende son “amoureuse” à la sortie d’un collège ou d’un lycée devrait autant vous révolter qu’un homme âgé dans une camionnette blanche attendant devant une école primaire, puisque c’est de cela qu’il s’agit.


Très vite pourtant, on cherchera à le dédouaner. C’est toujours "ça ne peut pas être aussi grave, elle est assez grande pour savoir ce qu’elle fait, elle n’a pas dit non, c’est elle qui l’a cherché” mais jamais “il est assez grand pour ne pas coucher avec une enfant, quand bien même elle serait amoureuse et le lui réclamerait". Parce que oui, l'éternel consentement présumé des enfants est aussi un des moyens pour justifier la pédocriminalité. Il suffit de regarder nos célébrités, nos débats télévisés, nos lois ou nos plaidoyers aux Assises. Chercher à prouver un consentement infantile, comme si cela rendrait la chose moins grave, anecdotique, voire presque poétique. “Où est le problème qu’un adulte pénètre un enfant si l’enfant est d’accord ?” Rendez vous compte.


Et puis que dire si le pédocriminel est une femme, adulte, mariée, mère et même séduisante ? Que dire si la victime est un garçon ? “Ah il sait ce qu’il fait le gamin ! Et puis c’est un garçon, il est plus fort, il peut dire non, mais comme c’est un garçon il est bien content, c’est vrai, ça ne pense qu’au sexe un garçon.” S’il est question d’un enfant de 6 ans, violé par un homme adulte correspondant à tout l’imaginaire autour de la pédocriminalité, tout le monde s’accorde à condamner cet acte. Si le garçon est un peu plus âgé, qu’il a entre 12 et 17 ans, on s’interrogera mais la justification apportée sera qu’il en avait peut-être un peu envie, sinon il aurait pu repousser cet homme avec sa force naissante d’adolescent. Mais si un garçon de 16 ans est victime d’une femme de 42 ans, alors là personne ne prendra le parti de cet enfant. Et bien oui, après tout, quoi de plus normal qu’une femme adulte ayant pour amant un adolescent ?


Je pourrais continuer longtemps sur le sujet. Par exemple, comme beaucoup, le harcèlement de rue n’a jamais été aussi omniprésent que lorsque j’étais visiblement une enfant. Des hommes de l’âge de mon père qui me glissent à l’oreille que j’ai “de belles cuisses”, rien de plus banal dans ma vie d’adolescente. Mais passons.



Tourisme sexuel et pédocriminalité dans les pays du Sud global


Parler et lutter pour la fin de la pédocriminalité ici, en France, est évidemment essentiel. Mais parlons également du tourisme pédocriminel dans les pays du Sud global, qu’il s’agisse de l’Asie, de l’Afrique ou de l’Amérique latine. Que dire des pédocriminels qui n’agissent peut-être pas en France mais s’empressent de faire le tour du monde pour violer des enfants philippins, marocains, maliens ou brésiliens ?


Comment omettre dans cette analyse le fait que, pendant des décennies, les territoires colonisés étaient considérées comme des zones de non-droits, de défouloirs, où l’on commettait les pires exactions loin de l'hexagone avant de revenir comme si de rien n'était. Les exemples ne manquent pas: parlons de Gauguin, encensé comme figure majeure de la culture française, mais qui est parti à Tahiti, une colonie, pour épouser une enfant de 13 ans. Lui, il est devenu célèbre, donc nous connaissons cette histoire. Mais combien sont restés anonymes ?

Et qu’on ne me parle pas de dissocier l’artiste de l'œuvre, questionner qui nous prenons comme modèles fait aussi partie de cette lutte.


A présent, comment ne pas faire le lien avec ce qu’il se passait autrefois et ce qui continue de se produire lorsque des professeurs reconnus comme pédocriminels sont mutés dans les territoires d’Outre-mer ?

La lutte contre la pédocriminalité doit être globale: on ne sauve pas nos enfants en condamnant ceux des autres.



Pour des actes à la hauteur de nos paroles


Au vu de tous les éléments énoncés précédemment, on peut donc s’accorder à reconnaître que notre culture est empreinte de pédocriminalité. Vient alors la question des solutions à apporter pour endiguer ce problème. Pour l’instant je ne la connais pas entièrement et je ne prétends pas qu’elle soit la meilleure, l’unique ou la plus aboutie.

Mais je pense qu’on a besoin de parler à nos enfants, à nos adolescents et surtout de les écouter. Leur parler de toutes ces situations qui ne collent pas au mythe du vieux monsieur dans sa camionnette. Savoir reconnaître un bourreau même s’il correspond aux critères de beauté. Ne pas fermer les yeux, ne pas minimiser, ne pas chercher d’excuses là où il n’y en a aucune. Souvenez-vous, les victimes ont toujours parlé, c’est maintenant à nous de les écouter.


Myriam

Présidente de Qwinz

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