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De la nécessité d'une Pride politique

Mis à jour : juin 29

Comme chaque année, le mois de juin est connu pour être le « mois des fiertés » où sont célébrées les différentes identités LGBTQIA+. Plus que jamais, ce mois est l’occasion de mettre en lumière les revendications des personnes appartenant à cette communauté, qu’il s’agisse d’obtenir des droits fondamentaux ou de lutter contre les discriminations. Des manifestations, appelées marches des fiertés ou Pride parade, sont organisées tout le long du mois et dans le monde entier.


La première Pride était une émeute

Les origines de la Pride remonte aux émeutes de Stonewall qui ont eu lieu le 28 juin 1969, à New York City. Stonewall a été une réponse aux raids répétés des forces de police dans les endroits accueillant un public appartenant à la communauté LGBTQIA+, menant à la fermeture de ces établissements et à l’arrestation des personnes présentes. Parmi les premières personnes à s’être rebellées et battues pour leurs droits et ceux des autres personnes de la communauté LGBTQIA+, il y a Marsha P. Johnson et Silvia Rivera, deux femmes trans, racisées et travailleuses du sexe. Les célébrations et Pride que nous avons chaque année au mois de juin est un héritage qui nous vient tout droit de la force, du courage et de la détermination de Marsha, Silvia et des autres personnes présentes à Stonewall ce jour.


Avec de telles origines et une telle signification, il est bon de rappeler que la Pride existe en premier lieu pour porter des revendications fortes concernant les droits des personnes LGBTQIA+, y compris lorsqu’elles sont racisées, migrantes ou travailleuses du sexe. Il s’agit de continuer à se battre pour plus de justice sociale, pour une meilleure protection des personnes les plus précaires et de porter haut et fort les revendications des personnes qui ne sont pas en mesure d’être présentes ou de s’exprimer publiquement. Encore aujourd’hui, pouvoir exprimer ouvertement le fait d'appartenir à la communauté LGBTQIA+ n’est malheureusement pas possible pour tout le monde.


La Pride Radicale du 20 juin

C’est dans ce sens qu’une Pride Radicale antiraciste et anticapitaliste a été organisée le 20 juin 2021 à Paris par plusieurs collectifs, en particulier QTPOC Autonomes, et dont nous avons signé l’appel. Les messages portés par la Pride Radicale réclamaient notamment l’application et la reconnaissance des droits fondamentaux des personnes LGBTQIA+ ; rappelaient l’urgence dans laquelle ces personnes se trouvent ; soutenaient les personnes réfugiées, migrantes et sans papiers ; refusaient l’instrumentalisation de ces luttes à des fins racistes, islamophobes, impérialistes et néocoloniales et se positionnaient clairement contre le système carcéral.


En terme d’accessibilité et de sécurité, la Pride Radicale s’est dotée d’un service d’ordre, de médics, de personnes assurant un rôle de soutien émotionnel, de binômes pour accompagner les personnes qui en ressentiraient le besoin et d’une aide à la mobilité via un prêt de matériel pour les personnes en situation de handicap. La Pride comportaient différents cortèges dont un en non mixité et un cortège calme, les prises de paroles ont été interprétées en LSF et traduites dans plusieurs langues (ainsi que l’appel à rassemblement), des règles de bienveillance ainsi que le respect des mesures sanitaires ont été communiquées en amont. De même, les journalistes et photographes participant à la marche ont reçu des consignes strictes afin de préserver au mieux l’anonymat des personnes présentes. Le parcours s’est voulu le plus accessibles possibles en évitant les rues avec des pavés et en répertoriant les points d’eau, accès aux WC et autres lieux calmes sur le parcours.


Les collectifs organisateurs se sont donnés les moyens d’assurer un maximum d’accessibilité lors de la marche et de préserver la sécurité des personnes présentes, ce qui devrait tout bonnement être systématique lorsqu’il s’agit d’événements de cette ampleur, avec des revendications de cette importance. A titre personnel, je suis ravie d’avoir pu participer à cette marche qui a rassemblé 30 000 personnes et je remercie encore une fois toutes les organisations présentes qui l’ont rendu possible.


Marcher sans concession

La nécessité de la Pride Radicale a d’autant plus été mise en évidence que la Pride du 26 juin 2021 à Paris a été le théâtre d’agressions transphobes. Un collectif ouvertement transphobe et putophobe a pu marcher en tête de cortège dans l’indifférence générale et Sasha – une femme trans refugiée – a été arrêtée pour s’être opposée seule à ce collectif. Elle est depuis cyberharcelée sur les réseaux sociaux par ces mêmes personnes. De même, deux membres du FLIRT (Front de Libération Transfem) ont été agressées, des pancartes racistes et insultantes ont pu être brandies et le pinkwashing* était omniprésent.


Dans le contexte actuel où les personnes LGBTQIA+ voient constamment leurs droits bafouées et leurs revendications instrumentalisées, il est d’autant plus nécessaire et vital de ne pas abandonner ces espaces de luttes à des organisations complices de transphobie, racisme, islamophobie ou putophobie. La Pride Radicale a montré qu’une alternative était possible et que personne ne devrait avoir à faire de concession sur sa santé ou sa sécurité pour pouvoir marcher.


*pinkwashing: utilisation de l'image et des luttes LGBTQIA+ par les entreprises à des fins marketing


Myriam

Présidente de Qwinz

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